Demande quelle est
ma vertu et non
ma couleur de peau.
Proverbe arabe
Mesure la profondeur de
l' eau avant de t'y plonger.
Proverbe arabe
Les Opérations Extérieures
: Côte d'Ivoire
Un Garde républicain en OPEX
Interview du Major de Gendarmerie Joel Capoani
La FNCV est depuis de nombreuses années aux avants postes de l’action en faveur de la reconnaissance pour tous les volontaires du mode combattant.
A ce titre, de nombreux gendarmes se portent volontaires pour participer, à titre individuel ou au sein de leur unité à des missions opérationnelles à l’étranger, pour accompagner et soutenir leurs camarades des autres armées.
Aussi il nous a paru tout à fait légitime de présenter un témoignage de l’un des représentants de la Maréchaussée, afin d’ouvrir si besoin en était, la grande famille des combattants volontaires à nos amis gendarmes.
Le major Joël CAPOANI, de la Gendarmerie Nationale, a ainsi participé il y a quelque temps à une opération extérieure en Côte d’Ivoire.
Au cours de l’année 2007 il prend part pendant 9 mois à la mission de maintien de la Paix de l’ONUCI (Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire). Il s’implique ainsi activement dans le secteur de Bouaké en secteur non gouvernemental afin de faire respecter les droits de l’Homme dans cette zone trouble du fait de la présence de nombreux belligérants armés.
Il apporte aussi une aide matérielle et morale aux Ivoiriens de ce pays notamment les éleveurs et les agriculteurs. Il organise également de nombreuses conférences pour sensibiliser la population locale sur la question de la protection des enfants, en vue de prévenir tout type d’exploitation criminelle.
Un bel exemple d’esprit de volontariat que la FNCV se fait un devoir de mettre à l’honneur.
* * *
Il nous fait profiter ici de son expérience.
- Bonjour major et merci de nous accorder cette interview. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots.
- Bonjour. Je m’appelle Joël CAPOANI, je suis major à la Garde Républicaine ; J’ai 52 ans et je suis militaire depuis 33 ans, je suis marié et père de 3 enfants. Après avoir effectué mon service militaire en 1978 en tant que gendarme auxiliaire en Corse et plus précisément à Bastia, où je suis détaché à la section de recherche, je m'engage et je fais ma formation à l’Ecole des sous-officiers de Gendarmerie de Chaumont.
Après mon année d’école je choisi la Garde Républicaine et je suis alors affecté à partir de 1980 au 2ème Régiment d’Infanterie, à Paris. J’y occupe les fonctions de moniteur des Sports et moniteur de self-défense.
En 1984, je suis muté à l’Ecole Interarmées des Sports (EIS) de Fontainebleau, plus précisément au Bataillon d’Antibes. Durant cette période, je passe mes différents examens de moniteur-chef EPS, d'instructeur corps à corps et de maître d'armes militaire.
En 1989, je deviens responsable de la section escrime de la Garde Républicaine et je suis détaché en tant que responsable de la section Escrime Handisport de l'Institution Nationale des Invalides. J’ai la chance d'entrainer ces escrimeurs blessés de guerre et de la vie qui ont représenté la France à trois olympiades et fait retentir de nombreuses fois la Marseillaise (Barcelone 1992, Atlanta 1996, et Sydney 2000). Cette magnifique expérience m’a apporté beaucoup de joie, d'humilité et d’intenses émotions tant sur le plan sportif que sur le plan humain.
En 1995, je suis muté au Régiment de Cavalerie de la Garde Républicaine où j'exerce les fonctions de moniteur-chef EPS et de maître d’armes militaire.
Enfin, depuis début 2011, je réalise les fonctions concomitantes de responsable du suivi des patrouilles équestres à Paris et en Ile-de-France au sein de l'Etat major du Régiment de Cavalerie, et les fonctions de maître d'armes militaire à la salle d'escrime de la Garde Républicaine. La section escrime obtient de nombreux résultats départementaux, nationaux et internationaux.
- Vous êtes allé il y a quelque temps en opération extérieure en Afrique ; quelle est la procédure en Gendarmerie pour participer à une opex et est ce facile ?
- Effectivement, j’ai exécuté une mission extérieure en Côte d’Ivoire de février 2007 à novembre 2007. La procédure en Gendarmerie pour effectuer une mission en opération extérieure est complexe et longue. Il convient tout d’abord de faire acte de candidature auprès de sa hiérarchie qui doit ensuite, après étude approfondie du dossier donner sa décision. Si la candidature est validée, le gendarme présélectionné devra réussir des tests en langue étrangère (anglais, ou autre, en fonction de la localisation et du type de mission).
Viennent ensuite les tests médicaux, qui doivent déterminer si le candidat est apte à servir en opérations extérieures.
Le militaire effectuera par la suite différents stages (linguistiques et préparation Opex) d'une durée allant de une à plusieurs semaines.
Après toutes ces étapes, les gendarmes qui ont été désignés, sont alors placés sur une liste d'attente. Ils sont donc susceptibles d’être appelés à tout moment et d'être projetés vers une mission spécifique.
- Quelle a été là-bas votre mission ?
- Au début de ma mission, j’ai été détaché à Bouaké en zone non gouvernementale, en tant qu'officier de police de l'ONUCI et j’occupais alors le poste de référent judiciaire de la zone de confiance du secteur Est. J’avais un rôle de coordinateur sur les différents intervenants de cette zone, et j’ai ainsi eu l’occasion de travailler avec les représentants de la force Licorne, de la police et de l’Armée Ivoirienne, des forces nouvelles, des chefs coutumiers mais également avec de nombreuses ONG et diverses associations humanitaires.
Après quelques mois de mission , j’ai changé de localisation géographique et j'ai été déployé à Yamoussoukro, capitale politique du pays où j'ai exercé de nouvelles fonctions. En effet, je fus alors responsable adjoint de la formation des brigades mixtes (forces de police et de gendarmerie gouvernementales et forces nouvelles). En fin de mission j'ai été muté à Abidjan en tant qu'adjoint du chef de poste de l’ONUCI d'Abidjan.
- Qu’avez-vous retiré au niveau personnel de cette expérience qui a dû être des plus enrichissantes ?
Les opérations extérieures sont vraiment une étape importante dans la vie d’un militaire. Même si les conditions sont souvent difficiles, on y rencontre nonobstant, des personnes dotées d'une grande qualité humaine.
En Côte d'Ivoire par exemple, où règne malheureusement une extrême pauvreté à cause de la guerre civile, les Ivoiriens ont cependant un optimisme sans faille qui devrait nous servir quotidiennement d'exemple. Ce genre d’expérience nous permet de relativiser nos petits problèmes de la vie de tous les jours.
Dans ces conditions difficiles, on prend plus facilement conscience de la souffrance et de la misère. Ce peuple démontre une vraie joie de vivre et une générosité que l’on a du mal à retrouver en Occident. Ils se contentent de très peu, mais surtout, ils accordent une part prépondérante aux valeurs simples comme la sincérité, l’hospitalité et le partage.
Dans un autre domaine, vivre ce genre d’expérience nous oblige aussi à savoir nous adapter régulièrement aux conditions de vie, souvent très rudes, que l’on ne rencontre plus dans notre société actuelle. Cela nous donne une bonne leçon d’humilité.
On côtoie des êtres parfois hors du commun, aussi bien dans les structures militaires (françaises ou étrangères), que dans les structures civiles et locales.
Enfin, effectuer une mission Opex, à plus forte raison sous l’égide de l’ONU, nous donne l'opportunité d'être constamment utile, d'aider à son échelle une population, de participer au maintien de la paix dans le pays, de pouvoir œuvrer avec des personnels civils et militaires de différentes nations et enfin de pouvoir représenter l'Etat français. Cela est enrichissant et valorisant sur le plan personnel et professionnel.
- L’éloignement n’est il pas trop difficile à vivre pour vous ? Votre famille ?
Bien sûr, un temps aussi long passé loin de sa famille est toujours difficile à vivre, mais cela l'est encore plus pour la famille elle-même car le militaire déplacé est constamment occupé dans les tâches qui lui incombent ainsi que dans les missions délicates qui lui sont confiées. Mais paradoxalement, je pense que l’éloignement vécu à dose homéopathique rapproche et unit les autres membres de la cellule familiale.
- Pensez vous que le monde combattant reconnaisse assez les efforts consentis par la Gendarmerie ?
Depuis sa création, l'institution gendarmique a toujours été engagée dans les guerres et les nombreux conflits. Beaucoup de militaires ont donné leur vie pour la Nation. De nos jours, nos gendarmes sont aussi très présents dans les opérations extérieures de la 4ème génération du feu en effectuant de nombreuses missions pour participer au maintien de la paix à travers le monde. Actuellement le monde combattant sous ses différentes structures reconnaît l'importante implication et la valeur des militaires de la Gendarmerie au sein de nos armées.
- Que proposeriez-vous pour une vraie reconnaissance des gendarmes en Opex ?
Il me semble qu'une meilleure reconnaissance de nos personnels devrait passer par une plus forte représentation de la Gendarmerie dans les associations d'anciens combattants. Votre association par exemple est très active dans ce domaine et je tenais à lui rendre un hommage particulier. J’espère que certains de mes confrères vont vous rejoindre, car je sais que vous vous impliquez également pour les gendarmes qui sont volontaires pour les opérations extérieures.
- Et si c’était à refaire ?
Ce serait pour moi une grande fierté et un honneur de repartir en Opex et de m'impliquer dans le processus du maintien de la paix qui est malheureusement toujours d'actualité voire indispensable dans certains pays. Ainsi, toute nouvelle mission en opération extérieure serait de surcroît enrichissante tant sur le plan humain que professionnel.
- Merci en tout cas pour vos actions et à très bientôt.
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La FNCV remercie vivement le major CAPOANI pour sa gentillesse et sa disponibilité, et lui adresse ses félicitations pour son sens du devoir et son dévouement au service de la Nation.
Si vous aussi vous vous reconnaissez dans l’esprit de volontariat au service de la France et de défense des valeurs du monde combattant, n’hésitez pas à nous contacter pour nous faire part de vos expériences.
JC Damaisin d’Arès
Officier de réserve
Responsable de la section « Ancien des Opex »