La guerre est une barbarie quand on attaque
un voisin paisible ;
c'est un devoir sacré
quand on défend la patrie.
Guy de Maupassant
Une patrie se compose des morts qui l'ont fondée aussi bien que des vivants
qui la continuent.
Joseph Ernest Renan .
Braves devant l'ennemi, lâches devant la guerre, c'est la devise des vrais généraux. La Guerre de Troie
n’aura pas lieu
Les
grandes batailles
Major battles
Hannibal Barca : La bataille de Trasimène
Quittant la vallée du Pô, Hannibal décide de faire passer ses troupes en Etrurie, et pour cela choisi l’itinéraire le plus court, et le moins évident pour son ennemi Flaminius, celui qui passe par les marécages qui malheureusement sont grossis par une crue de l’Arno.
Buste de Hannibal
L’armée est réticente à s’engager dans cette aventure, car les soldats craignent de s’enliser dans les fondrières et les bourbiers de cette région. Ayant fait reconnaître soigneusement l’itinéraire, il fait lever le camp et met en tête de colonne les Africains et les Ibères, ainsi que tous les corps d’élite de son armée. Il les fait suivre par l’intendance, afin qu’ils aient sous la main de quoi subsister dans l’immédiat. L’avenir ? Il pense que si son équipée se termine mal, il n’aura plus à se préoccuper de ce genre de souci, et que s’ il réussit, la richesse du pays le nourrira certainement. En queue de colonne, son frère Magon et la cavalerie pressent les traînards. Beaucoup de chevaux perdent leurs sabots, ainsi que la vie, dans la boue, tandis qu’Hannibal sur le seul éléphant rescapé, avance péniblement. Il contracte une ophtalmie, qu’il ne peut soigner, et dans les plus vives douleurs, il perd l’usage d’un œil.
Même les pires aventures ont une fin. Il débouche dans la vallée verdoyante de Fiesole, et Flaminius qui campe prés d’Arrétium en Etrurie est « surpris » de le savoir si près. Lui-même établit son camp, juste au débouché des marais, et lance des reconnaissances. Celles-ci lui apprennent que le général romain est avide de popularité et d’honneurs, sans aucun talent pour mener des opérations militaires et de plus, toujours très auto-satisfait de ses décisions. Hannibal en déduit qu’il va ravager le pays, et que redoutant les moqueries de ses soldats, le consul va le poursuivre en tous lieux, impatient de prendre l’avantage, sans attendre l’arrivée de son collègue, avec qui il partage le commandement. Ainsi fut fait, et l’analyse du Carthaginois se vérifie en tous points. Flaminius est rendu furieux par les exactions que l’armée carthaginoise commet sous son nez ; il prend cela comme une insulte personnelle, et négligeant les avis de ses officiers, fait lever le camp pour poursuivre « l’insolent pillard ». Suivi d’une horde de civils – presque aussi nombreux que ses soldats – charriant des chaînes et des entraves pour les futurs esclaves qui ne manqueront pas d’être raflés.
Hannibal de son côté va son bonhomme de chemin à travers l’Etrurie, en incendiant et en pillant pour exacerber la rage de son poursuivant, avec à sa gauche la ville de Cortone et ses montagnes et à droite le lac de Trasimène. C’est alors que son ennemi l’ayant presque rattrapé, il repère une position favorable et se prépare au combat. Un vallon au terrain plat bordé sur les côtés de collines élevées et continues, et au fond un escarpement difficilement accessible. A l’arrière, il y a le lac qui ne laisse qu’un passage étroit, le long de la paroi rocheuse.
Assaut carthaginois
Le général carthaginois entre dans le vallon avec son armée, l’inspecte, installe son camp et de nuit, place ses troupes soigneusement. Les Ibères et les Africains avec lui, Les frondeurs baléares et les lanciers derrière le vallon à droite en ligne, la cavalerie et les Celtes derrière les collines de gauche également en ligne. Son poursuivant campe près du lac et à l’aube, dans une brume épaisse, s’engage dans le défilé. Alors que l’avant-garde romaine est presque au contact avec lui, il lance le signal et ses troupes attaquent des deux côtés à la fois. C’est un invraisemblable amalgame, les centurions ne savent où donner de la tête, et le général romain n’a aucune vue d’ensemble à cause du brouillard. La plupart des cohortes sont taillées en pièces dans leur ordre de marche, sans pouvoir se défendre, livrées aux coups des Carthaginois par la stupidité de leur général. La terre tremble pendant la bataille mais personne ne s’en aperçoit.
Soldats romains
Quinze mille Romains tombent avec leur général, tué par Ducarius, un cavalier Insubre désireux de venger la défaite infligée à son peuple par ce même Flaminius en 223. L’arrière-garde, enfermée dans le défilé, est refoulée vers le lac où les soldats se noient en tentant de se sauver. Seuls 6.000 hommes de l’avant-garde continuent à avancer en combattant, sortent du vallon et gagnent une hauteur. Le brouillard se dissipant, ils constatent l’étendue du désastre, et se réfugient dans un bourg voisin ; ils y retrouvent des rescapés du massacre. Hannibal envoie Maharbal s’occuper d’eux ; il fait 15.000 prisonniers.
Il donne une sépulture aux morts de son armée soit une trentaine d’hommes s’étant distingués au combat, et aux 1.500 Celtes tombés lors de la bataille.
A Rome, le Sénat annonce aux Romains épouvantés,
Pugna magna victi sumus « Nous avons été vaincus dans une grande bataille »