Le 10 avril 1945, l’opération « Canard » est lancée ; l’attaque de l’Authion à plus de 2000 mètres d’altitude, dont la 4ème brigade du colonel Delange est chargée. Deux actions secondaires sont prévues : l’une au sud, menée par la 2ème brigade du colonel Gardet, doit s’emparer du col de Bruis, de la Tête-du-Bosc et si possible de Breil ; l’autre au nord-ouest, menée par le 3ème RIA du colonel Lelaquet, vise l’arête du Mercantour offrant des possibilités de pénétration en Italie.
L’attaque frontale violente, sur des pentes enneigées, balayées par les tirs rasants d’armes automatiques provenant des ouvrages de la crête, dirigée vers La Force et le camp de Cabanes Vieilles, sera menée par le bataillon d’infanterie de marine du commandant Magendie et le bataillon de marche n° XI du capitaine Brisbarre, renforcés de l’escadron de chars du 1er régiment de fusiliers marins du capitaine de corvette Barberot. Ils seront appuyés par un détachement d’assaut, armé en lance-flammes, du lieutenant-colonel Lichwitz, médecin personnel du général de Gaulle.
Le 11 avril, l’étau se resserre sur l’Authion. Les troupes sans ravitaillement en vivres, par un froid glacial, au contact étroit de l’adversaire, au milieu des morts qui n’ont pu être évacués et que les obus de mortiers hachent, conserveront la partie sud de l’éperon.
L’Authion est à nous !
Le 12 avril marque le succès définitif de l’opération, malgré de dures réactions de l’ennemi et de fortes pertes. Le colonel Delange décide d’attaquer avec le BM 11 Plan-Caval et la pointe des Trois-Communes qui culmine à 2082 mètres d’altitude. Sur ce sommet, se dresse un donjon pentagonal d’environ quinze mètres de hauteur, entouré d’un fossé large et profond ; ses murs épais sont percés de deux rangées de meurtrières. Les embrasures sont aussitôt prises à partie par les canons de la compagnie anti-chars. Soudain, le char du lieutenant de vaisseau Hautière, qui sera tué lors de l’engagement, fonce en direction du fort, s’arrête de temps en temps pour tirer, gravit la route en lacets, arrive au donjon. Les voltigeurs qui avaient pris place sur le char débarquent, et les Allemands craignant une attaque au lance-flammes, se rendent, démoralisés. L’Authion est à nous, 150 prisonniers sont entre les mains des marins.
Le 13 avril, les opérations reprennent en direction de Tende. Le BM 21 appuyé par les chars du 1er régiment de fusiliers marins progresse sur la route qui conduit à l’Arbouin et occupe successivement le mont Giagiabella, la Maune, la Baisse puis la pointe de Ventabren, mais se trouve sérieusement accroché devant la Déa.
Le 14 Avril, le 3/13 entre en ligne, dépasse le BM 11, mais est arrêté dans sa progression à 1200 mètres de La Béole par des feux violents de mortiers, d’artillerie et d’armes automatiques.
Le 15 avril, la division progresse dans tout le secteur et, en fin de journée, toute la chaîne principale du massif de l’Authion est entre ses mains, ainsi que la vallée du Caïros, La Caussega, La Béole, l’Arbouin, la cime de Bosc et la Croix de Cougoule. Brouis et Breil sont pris.
Le général Gras écrira :
« La conquête de l’Authion s’achève ainsi sur le spectacle
d’un char
conduit par des marins s’emparant d’une redoute
au sommet d’une montagne à 2000 mètres d’altitude ».
Ayons une pensée pour G. Mocquet, V. Truchi, F. Moschetti, L. et C. Roux-Guisto, F. Maria, JB Mazzo, B. Martel, C. Roubaudi, B. Otto-Bruc, B. Ventresca, R. Gioval et R. Maugger, jeunes civils résistants, fusillés par les nazis. Certains corps ne furent retrouvés que cinq mois après la fin des combats.