Voilà qu’après de multiples insultes proférées à leur encontre, nos fidèles harkis viennent d’essuyer un nouvel affront à l’occasion de l’algarade outrancière d’un élu qui les a qualifiés d’un terme méprisant puisé dans un lexique que je croyais avoir été mis au pilon.
Avec l’approche des ides de mars, ils vont bientôt revivre à l’instar des pieds-noirs les douloureuses tribulations qui commencèrent un certain 19 mars 1962.
Ce 19 mars figure dans la chronologie historique de la guerre d’Algérie et cette date est incontestable puisqu’au lendemain de la signature des Accords d’Evian, le cessez le feu devait débuter. Il en fut autrement puisque le cessez le feu ne se concrétisa pas par « un cessez le sang ». Aussi cette date devient-elle contestable au plan de la plénitude et du respect de la mémoire.
Que des anciens combattants d’AFN entendent commémorer ce jour-là le souvenir de toutes les victimes de cette guerre, tardivement reconnue officiellement, c’est leur droit qu’il est hors de question de remettre en cause : ils le font dans le cadre associatif tout comme ceux qui le 21 janvier de chaque année honorent l’exécution du roi Lois XVI.
Mais comme une proposition de loi, à l’initiative des députés verts et communistes, fixant le 19 mars comme date officielle n’obtint pas le 22 janvier 2002 , les 70% de voix favorables jugés nécessaires à son adoption, le projet ne fut pas retenu. Enfin, le 5 décembre 2003, le Président de la République, inaugurant le monument dédié à toutes les victimes des campagnes en Afrique française du Nord, officialisa cette date.
Même si cette date peut être jugée « fantaisiste » ou « venue de nulle part » voire « marquée d’un point d’interrogation », il n’est pas utile d’insister car la date du 5 décembre a le mérite d’être neutre et devrait couper court à la polémique entretenue des dizaines d’années en l’absence de volonté de trancher des gouvernements successifs.
Quant à écrire que cette date est « une insulte à la morale républicaine » à moins de deviner d’éventuels relents idéologiques, je ne vois pas ce que viens faire le terme républicain dans cette affaire.
Quant à vouloir imposer le 19 mars comme date incontournable pour le recueillement des familles, c’est faire peu de cas et de délicatesse à l’égard de toutes celles qui peuvent être heurtées qu’on puisse retenir une date antérieure à l’abandon, au malheur, au drame, au martyre des leurs.
Comment peut-on faire son deuil avant l’épreuve ?
Avant de poursuivre, je conseille à tous les hommes de bonne volonté donc épris de vérité, à tous les combattants de la 3e génération du feu qui ont fait leur devoir, à tous les élus, libres d’assister, selon leurs convictions ou leurs intérêts aux manifestations, mais tenus par l’exigence civique et l’exemplarité, à se rendre aux cérémonies officielles, de lire l’ouvrage « un mensonge français » de Georges-Marc Benamou, journaliste d’investigation qui ne peut être soupçonné de dérive droitiste. C’est édifiant car il a le mérite de « remettre les pendules à l’heure ».